
Un candidat locataire me demandait récemment s'il devait vraiment fournir son relevé de compte bancaire complet, comme le lui réclamait une agence, persuadé de ne pas avoir le choix face à un professionnel de l'immobilier. Il avait pourtant tout à fait le droit de refuser. La loi ferme cette liste dans les deux sens : une liste positive de documents autorisés, et une liste négative de documents explicitement interdits, sans zone grise entre les deux.
Vérifié le 22 août 2026.
Ce qu'un bailleur peut demander, sans plus
Le décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015 fixe une liste fermée de documents exigibles, organisée par catégorie :
- Identité : une pièce d'identité en cours de validité comportant une photographie (carte nationale d'identité française ou étrangère, passeport, titre de séjour).
- Domicile : un seul document au choix parmi les trois dernières quittances de loyer (ou attestation du précédent bailleur), un titre de propriété, ou une attestation d'hébergement à titre gratuit.
- Ressources : les trois derniers bulletins de salaire au maximum, les deux derniers bilans comptables pour un indépendant, ou un justificatif de versement de prestations sociales sur les trois derniers mois.
- Situation professionnelle : contrat de travail ou attestation de l'employeur, carte d'étudiant pour un candidat scolarisé.
- Avis d'imposition : le dernier avis d'imposition ou de non-imposition.
Ce qu'un bailleur ne peut jamais exiger, même de bonne foi
L'article 22-2 de la loi du 6 juillet 1989 interdit explicitement une série de documents, peu importe l'insistance du bailleur ou son intention réelle :
- Une photographie d'identité isolée (hors celle figurant sur la pièce d'identité elle-même) ;
- La carte Vitale ou tout document de sécurité sociale ;
- Les relevés de compte bancaire ou postal, ainsi que toute attestation de bonne tenue de compte ou d'absence de crédit ;
- Une autorisation de prélèvement automatique ;
- Un jugement de divorce dans son intégralité (seul le dispositif, s'il est nécessaire, peut être demandé) ;
- Un contrat de mariage ou une attestation de concubinage ;
- Un chèque de réservation du logement ;
- Un dossier médical personnel ;
- Un extrait de casier judiciaire ;
- Le versement d'une somme d'argent, quelle qu'en soit la forme, au-delà du dépôt de garantie légalement plafonné.
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Pourquoi la loi est si stricte des deux côtés
Deux objectifs se cachent derrière ce double encadrement. D'abord, protéger la vie privée du candidat : sa situation familiale, son état de santé, le détail de ses comptes bancaires n'ont rien à voir avec sa capacité à payer un loyer, donc rien à faire dans un dossier de candidature. Ensuite, éviter les discriminations indirectes qui naîtraient d'une collecte excessive d'informations personnelles, un sujet que l'article dédié aux discriminations dans l'accès au logement développe plus largement.
Ce que ça coûte de ne pas respecter la liste
Un bailleur qui exige un document hors liste, ou l'un des documents explicitement interdits, s'expose à une amende administrative pouvant atteindre 3 000 € pour un particulier et 15 000 € pour une agence. C'est le préfet qui la prononce, après une procédure contradictoire qui laisse au bailleur l'occasion de s'expliquer.
Pour rester dans les clous
Tenez-vous strictement à la liste positive du décret n° 2015-1437 pour chaque catégorie de document. Ne demandez jamais plus d'un document par catégorie, un seul justificatif de domicile suffit, par exemple. Ne réclamez sous aucun prétexte un RIB à ce stade, un relevé bancaire ou un extrait de casier judiciaire, quelle que soit la justification qui vous vient à l'esprit. Et appliquez exactement la même rigueur au dossier du garant qu'à celui du candidat lui-même, les règles ne changent pas d'une personne à l'autre.
Sources officielles
- Décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015 (Légifrance) consulté le 22 août 2026
- Article 22-2 (Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989) Légifrance, consulté le 22 août 2026
Questions fréquentes
Un bailleur peut-il demander un relevé de compte bancaire au candidat locataire ?
Non, les relevés de compte bancaire ou postal figurent explicitement parmi les documents interdits par l'article 22-2 de la loi de 1989, tout comme une attestation de bonne tenue de compte ou d'absence de crédit en cours. Ces documents ne figurent pas non plus dans la liste positive fixée par le décret n° 2015-1437.
Le RIB peut-il être demandé avant la signature du bail ?
Non, un relevé d'identité bancaire n'a aucune utilité tant que le bail n'est pas signé et le dépôt de garantie versé. Sa demande au stade de la candidature n'est pas justifiée et s'apparente aux documents financiers interdits par la loi visant à protéger la vie privée du candidat.
Quels justificatifs de domicile un bailleur peut-il exiger ?
Un seul document au choix parmi une liste fermée : les trois dernières quittances de loyer, ou à défaut une attestation du précédent bailleur indiquant que le locataire est à jour de ses loyers et charges, un titre de propriété du logement actuel, ou une attestation d'hébergement à titre gratuit avec justificatif de domicile de l'hébergeant.
Que risque un bailleur qui exige un extrait de casier judiciaire ?
L'extrait de casier judiciaire fait partie des documents strictement interdits, sans aucune exception. Un bailleur qui l'exigerait s'expose à une amende administrative pouvant atteindre 3 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale, prononcée par le préfet après une procédure contradictoire.
Peut-on exiger plus de trois bulletins de salaire ou plusieurs bilans comptables ?
Non, le décret plafonne précisément le nombre de documents pouvant être demandés au titre d'une même catégorie : trois bulletins de salaire au maximum pour un salarié, deux bilans comptables au maximum pour un travailleur indépendant. Exiger davantage constitue également un dépassement de la liste autorisée.