
Un lecteur voulait transmettre une partie de ses bitcoins à sa fille majeure, « juste en lui envoyant l'équivalent sur son propre portefeuille ». Techniquement, c'est un jeu d'enfant : quelques clics, une transaction sur la blockchain, terminé. Fiscalement, c'est une donation à part entière, avec les mêmes règles que n'importe quel autre bien, et un avantage sur la plus-value que peu de gens anticipent avant de s'y pencher.
Vérifié le 25 août 2026.
Un don de cryptomonnaies, c'est un don manuel comme un autre
La cryptomonnaie étant un bien meuble, sa transmission gratuite à un proche relève du régime du don manuel : la remise, de la main à la main ou de compte à compte, de certains types de biens, espèces, objets personnels, valeurs mobilières, et par extension les actifs numériques (confirmé sur impots.gouv.fr). Contrairement à un bien immobilier, qui nécessite un acte notarié, un don manuel ne demande aucune formalité particulière au moment du transfert lui-même, la déclaration intervient ensuite, séparément.
Les abattements applicables, lien de parenté par lien de parenté
Aucun régime spécifique ne s'applique aux cryptomonnaies : ce sont les abattements classiques de la donation, renouvelables tous les 15 ans, qui s'appliquent :
- Parent → enfant (ligne directe) : 100 000 € ;
- Entre époux ou partenaires de PACS : 80 724 € ;
- Grand-parent → petit-enfant : 31 865 € ;
- Entre frères et sœurs : 15 932 € ;
- Oncle/tante → neveu/nièce : 7 967 € ;
- Sans lien de parenté : 1 594 € ;
- Personne en situation de handicap : abattement supplémentaire de 159 325 €, cumulable avec les précédents.
À cela s'ajoute, pour un don de somme d'argent (les cryptomonnaies pouvant s'y assimiler dans certaines interprétations, à distinguer d'un don d'un bien déjà détenu), une exonération familiale supplémentaire de 31 865 € pour un donateur de moins de 80 ans à un bénéficiaire majeur, issue du dispositif TEPA, un point qui mérite d'être confirmé au cas par cas selon la nature exacte de l'opération, un simple virement de cryptomonnaies pouvant être analysé différemment d'un don de somme d'argent converti ensuite par le bénéficiaire.
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Un exemple chiffré
Un parent transmet à son fils majeur 40 000 € de cryptomonnaies (valorisées au jour du don). L'abattement de 100 000 € en ligne directe couvre largement cette somme : aucun droit de donation à payer, à condition que cet abattement n'ait pas déjà été utilisé sur les 15 dernières années pour d'autres donations du même parent au même enfant. Si un don antérieur de 70 000 € avait déjà eu lieu il y a 5 ans, il ne resterait que 30 000 € d'abattement disponible, et les 10 000 € excédentaires seraient soumis au barème progressif des droits de donation.
La déclaration : une obligation désormais numérique
Depuis le 1er janvier 2026, la déclaration des dons manuels doit se faire en ligne, via l'espace particulier sur impots.gouv.fr, dans la rubrique dédiée. Le formulaire papier 2735 reste réservé à des cas limités et exonérés. Pour un don dépassant 15 000 €, le formulaire 2734 permet, sur option, de différer le paiement des droits éventuellement dus jusqu'au décès du donateur, plutôt que de les régler immédiatement, une option qui peut avoir son intérêt selon la situation patrimoniale globale, à étudier avec un professionnel si le montant est significatif.
L'avantage souvent oublié : la plus-value repart à zéro pour le donateur
Voici le point le plus intéressant, et pourtant le moins connu, de la donation de cryptomonnaies. La donation n'est pas assimilée à une cession sur le plan fiscal : le donateur n'est donc pas imposé sur la plus-value latente qu'il avait accumulée depuis son achat initial. Cette plus-value, en quelque sorte, s'efface pour lui.
Le bénéficiaire, de son côté, hérite d'une nouvelle base de calcul : s'il revend plus tard ces cryptomonnaies, sa plus-value imposable se calculera uniquement à partir de la valeur des actifs au jour du don, et non depuis le prix d'acquisition initial payé des années plus tôt par le donateur. Un exemple concret : un parent avait acheté des bitcoins 5 000 € il y a plusieurs années, valorisés aujourd'hui à 40 000 € au moment du don à son enfant. Le parent n'est imposé sur aucune plus-value à ce stade. Si l'enfant revend ensuite ces mêmes bitcoins à 45 000 €, sa plus-value imposable au titre du PFU ne portera que sur 5 000 € (45 000 € − 40 000 €), et non sur les 40 000 € de plus-value accumulée par le parent avant la donation.
Pourquoi ne pas se contenter d'un simple virement discret
Certains sont tentés de considérer qu'un transfert de cryptomonnaies entre deux portefeuilles personnels reste « invisible » aux yeux de l'administration, faute de passer par un compte bancaire traditionnel. C'est un raisonnement risqué : un mouvement d'actifs significatif et non justifié, découvert lors d'un contrôle ultérieur (succession du donateur, contrôle fiscal du bénéficiaire), peut être requalifié dans des conditions bien moins favorables qu'une déclaration de don faite au bon moment, avec potentiellement des pénalités s'ajoutant aux droits normalement dus.
Comment procéder concrètement
- Valorisez précisément les actifs transmis à leur valeur de marché le jour exact du don, pour disposer d'une base de calcul claire.
- Vérifiez l'abattement déjà utilisé sur les 15 dernières années entre le même donateur et le même bénéficiaire, avant de déterminer le montant réellement exonéré.
- Déclarez le don en ligne sur votre espace particulier impots.gouv.fr dans le délai applicable, même en l'absence de droits à payer grâce à l'abattement.
- Conservez une trace écrite de la valeur retenue au jour du don, transmise également au bénéficiaire, elle lui servira de référence pour le calcul de sa propre plus-value en cas de revente future.
- Pour un don significatif, envisagez un accompagnement par un notaire ou un conseiller patrimonial, notamment pour arbitrer entre don manuel classique et autres formes de transmission plus complexes.
Sources officielles
- Don manuel (impots.gouv.fr) consulté le 25 août 2026
- Comment déclarer les plus ou moins-values sur cessions d'actifs numériques (impots.gouv.fr) consulté le 25 août 2026
Questions fréquentes
Donner des cryptomonnaies à mon enfant est-il fiscalement différent d'un don d'argent classique ?
Non, sur le principe : la cryptomonnaie est un bien meuble, transmis par don manuel exactement comme une somme d'argent, un bijou ou un portefeuille de titres. Les mêmes abattements et le même barème s'appliquent, avec la même obligation déclarative.
Quel abattement s'applique à un don de cryptomonnaies entre parent et enfant ?
L'abattement classique de 100 000 € par enfant et par parent, renouvelable tous les 15 ans. Un parent peut ainsi transmettre jusqu'à 100 000 € de cryptomonnaies (valorisées au jour du don) à chacun de ses enfants sans droits de donation à payer, sous réserve de ne pas avoir déjà utilisé cet abattement pour d'autres donations dans les 15 années précédentes.
Comment déclarer un don de cryptomonnaies depuis le 1er janvier 2026 ?
La déclaration se fait désormais en ligne, via l'espace particulier sur impots.gouv.fr, dans la rubrique dédiée aux dons. Le formulaire papier 2735 reste réservé à des cas limités, et le formulaire 2734 permet, pour les dons dépassant 15 000 €, de différer le paiement des droits jusqu'au décès du donateur plutôt que de les régler immédiatement.
Que devient la plus-value déjà acquise par le donateur au moment du don ?
Elle disparaît fiscalement pour le donateur : la donation n'est pas assimilée à une cession, donc aucune plus-value n'est imposée à ce titre chez lui. Le bénéficiaire, lui, ne sera imposé, en cas de revente future, que sur la plus-value réalisée depuis la valeur des actifs au jour du don, pas depuis le prix d'acquisition initial payé par le donateur.
Un simple transfert vers le portefeuille de mon proche suffit-il, sans aucune déclaration ?
Non, c'est une erreur fréquente : l'absence de déclaration ne rend pas le don invisible ni sans risque. En cas de contrôle ultérieur, un mouvement de fonds ou d'actifs non déclaré et non justifié peut être requalifié, avec des conséquences fiscales bien plus lourdes qu'une déclaration de don faite au bon moment.