
Un lecteur me demandait récemment s'il devait « tout mettre » sur son PEA maintenant qu'il avait enfin économisé 15 000 €, pressé de rattraper le temps perdu sur les marchés. En creusant, il n'avait quasiment rien de côté ailleurs, un découvert lui suffirait à tout dérégler au moindre imprévu. C'est l'un des oublis les plus fréquents chez les nouveaux investisseurs : vouloir investir avant d'avoir construit le matelas de sécurité qui protège cet investissement.
Vérifié le 25 août 2026.
Le repère chiffré donné par l'AMF
L'Autorité des marchés financiers recommande de se constituer une épargne de précaution représentant 2 à 6 mois de revenus, placée sur des supports disponibles à tout moment et sans risque de perte en capital, avant d'entreprendre tout autre projet d'épargne ou d'investissement (source AMF). C'est un point de départ, pas une case à cocher rapidement pour se lancer ensuite sur des placements plus dynamiques.
Pourquoi ce prérequis n'est jamais du temps perdu
L'idée derrière cette recommandation est simple : un imprévu qui survient sans épargne disponible force souvent à revendre en urgence des placements de long terme (actions, parts de SCPI, voire un bien immobilier) parfois au pire moment du marché. Un lecteur qui investit en bourse depuis une dizaine d'années me racontait avoir dû vendre des actions en pleine baisse en 2020, faute d'épargne de précaution suffisante, pour financer une réparation automobile urgente. Elle a depuis fait de cette épargne un principe non négociable, quitte à ralentir ses versements sur ses placements de long terme le temps de la reconstituer.
Ajuster le montant à votre situation réelle
La fourchette de 2 à 6 mois de revenus donnée par l'AMF constitue un socle, mais le bon montant dépend fortement de votre situation personnelle :
| Profil | Repère indicatif | Pourquoi |
|---|---|---|
| Salarié en CDI, situation stable | Bas de la fourchette AMF (2-3 mois) | Revenu régulier, indemnités chômage en cas de perte d'emploi |
| Indépendant, revenus irréguliers | Haut de la fourchette voire davantage (6 mois et plus) | Pas d'assurance chômage classique, facturation variable |
| Foyer avec enfants ou crédit important | Haut de la fourchette (5-6 mois) | Charges fixes plus lourdes, marge de manœuvre réduite |
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Sur quels supports la placer
L'objectif de cette épargne n'est jamais la performance, mais la disponibilité immédiate et la sécurité du capital. Concrètement, ça exclut d'emblée les supports qui comportent un risque de perte en capital (actions, SCPI, cryptomonnaies) ou un délai de traitement significatif. Les livrets réglementés (Livret A, LDDS, et le LEP pour les foyers éligibles selon leurs revenus) restent les supports naturels pour cette poche : disponibles à tout moment, sans risque, même si leur rendement reste modeste.
Le piège classique : confondre épargne de précaution et épargne de projet
Une erreur fréquente consiste à mélanger cette épargne de précaution avec une épargne destinée à un projet précis (apport pour un achat immobilier, financement des études d'un enfant). Ces deux poches répondent à des logiques différentes : l'épargne de précaution couvre l'imprévu et doit rester disponible en permanence, tandis que l'épargne de projet peut tolérer un horizon et un support différents, calés sur la date prévue du projet. Piocher dans l'une pour financer l'autre revient à se priver de filet de sécurité au moment où on croit avoir de l'avance.
Le cas particulier d'un propriétaire bailleur
Un investisseur qui possède déjà un ou plusieurs biens locatifs a souvent tendance à considérer que son patrimoine immobilier constitue en lui-même une forme de sécurité. C'est une confusion à éviter : un bien locatif n'est pas liquide, et génère lui-même ses propres imprévus, vacance locative entre deux locataires, travaux d'urgence (chaudière, dégât des eaux), impayé de loyer le temps qu'une procédure aboutisse. Une trésorerie dédiée au parc locatif, distincte de l'épargne de précaution personnelle du foyer, reste indispensable pour ne pas être pris au dépourvu par ces aléas propres à l'activité locative.
Comment reconstituer cette épargne si elle a été entamée
- Chiffrez précisément votre montant cible selon votre profil (2 à 6 mois de revenus, ajustés à la stabilité de vos revenus et à vos charges fixes).
- Placez cette épargne sur un support disponible et sûr, séparé psychologiquement de vos comptes d'investissement pour éviter la tentation d'y puiser.
- Si elle a été entamée par un imprévu, priorisez sa reconstitution avant de reprendre vos versements réguliers sur vos placements de long terme.
- Pour un bailleur, constituez une trésorerie dédiée au parc locatif en plus de l'épargne de précaution personnelle, dimensionnée sur le nombre de biens détenus.
Sources officielles
- Se constituer une épargne de précaution (amf-france.org) consulté le 25 août 2026
Questions fréquentes
Combien l'AMF recommande-t-elle de garder en épargne de précaution ?
L'Autorité des marchés financiers recommande de se constituer une épargne de précaution représentant 2 à 6 mois de revenus, placée sur des supports disponibles à tout moment et sans risque de perte en capital. C'est un prérequis avant d'entreprendre tout autre projet d'épargne ou d'investissement, y compris ceux destinés à financer un projet précis comme un achat immobilier.
Faut-il le même montant pour un salarié en CDI et un indépendant ?
Non, la fourchette doit être ajustée à la stabilité réelle des revenus. Un salarié en CDI avec une situation stable peut se contenter du bas de la fourchette recommandée, tandis qu'un indépendant ou un entrepreneur aux revenus irréguliers a intérêt à viser le haut de cette fourchette, voire davantage, pour absorber une période sans facturation sans avoir à puiser dans ses investissements de long terme.
Sur quels supports placer cette épargne de précaution ?
Sur des produits disponibles immédiatement et sans risque de perte en capital, typiquement les livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP selon éligibilité). L'objectif n'est jamais la performance sur cette poche, mais la disponibilité immédiate en cas de coup dur, un compte-titres ou une assurance-vie, même liquides, ne remplissent pas la même fonction puisqu'ils comportent un risque de perte en capital ou un délai de traitement.
Pourquoi cette épargne doit-elle être constituée avant d'investir ailleurs ?
Parce qu'un imprévu (perte d'emploi, panne de voiture, frais de santé) survenant sans filet de sécurité oblige souvent à revendre en urgence des placements de long terme, parfois au pire moment du marché, par exemple des actions en pleine baisse. L'épargne de précaution évite cette vente forcée et protège la stratégie d'investissement de long terme des aléas du quotidien.
Un bailleur qui a déjà des biens locatifs a-t-il encore besoin d'une épargne de précaution personnelle ?
Oui, et pour une raison supplémentaire : un bien locatif génère lui-même des imprévus (vacance locative, travaux d'urgence, impayé) qui demandent une trésorerie disponible séparée de l'épargne de précaution personnelle du foyer. Beaucoup de bailleurs sous-estiment ce besoin de trésorerie dédiée au parc locatif, en plus de leur épargne de précaution classique.