
Un bailleur qui avait placé une partie de son épargne en bitcoin m'appelait un peu paniqué en avril dernier : il venait de réaliser qu'il n'avait jamais déclaré ses gains, persuadé que « tant que ce n'est pas reconverti en euros, ça ne compte pas ». Presque vrai, en fait, mais la nuance change tout. Entre le taux forfaitaire, un seuil d'exonération calculé d'une façon qui surprend tout le monde, et une frontière parfois floue avec l'activité professionnelle, voici les règles exactes.
Vérifié le 22 août 2026.
Le taux de base : 31,4 %
Pour un particulier qui gère occasionnellement ses actifs numériques, la plus-value à la cession est imposée au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % (confirmé sur impots.gouv.fr), qui se décompose en :
- 12,8 % d'impôt sur le revenu ;
- 18,6 % de prélèvements sociaux.
Si votre tranche marginale est faible (0 % ou 11 %), comparez ce taux forfaitaire à l'option pour le barème progressif, cochée en case 3CN, attention, ce choix s'applique à l'ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers et plus-values de l'année, pas seulement à vos gains crypto.
305 € : le seuil qui piège presque tout le monde
Une exonération totale joue quand la somme des prix de cession de l'année reste sous 305 €. Voici le piège classique : ce seuil se calcule sur le montant total vendu, pas sur le gain. Vendre pour 250 € de cryptomonnaies avec 100 € de plus-value reste exonéré (250 € de prix de cession, sous le seuil), même si le gain proportionnel paraît confortable.
Échanger une crypto contre une autre ne déclenche rien
Troquer du Bitcoin contre de l'Ethereum, sans passer par les euros, bénéficie d'un sursis d'imposition : rien n'est taxé sur le moment. C'est uniquement au moment de la conversion en monnaie ayant cours légal, ou lorsque vous utilisez vos cryptos pour payer un bien ou un service, que la plus-value cumulée depuis l'achat initial devient imposable. C'est exactement le point que mon bailleur du début avait à moitié compris, et qui l'a rattrapé.
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Attention à la frontière avec l'activité professionnelle
Le régime du particulier suppose une gestion occasionnelle. Dès que l'activité se caractérise par des opérations nombreuses et sophistiquées, menées avec des outils professionnels toute l'année, la qualification bascule :
- L'achat-revente habituel relève des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) ;
- Le minage et le staking relèvent des bénéfices non commerciaux (BNC), quelle que soit leur fréquence.
Cette bascule change radicalement la fiscalité, barème BIC/BNC avec cotisations sociales potentielles, au lieu du PFU à taux fixe. Un vrai point de vigilance pour qui voit son activité s'intensifier progressivement, sans forcément s'en rendre compte.
Le formulaire à ne pas oublier : l'annexe 2086
Chaque cession de l'année se détaille dans l'annexe n° 2086. En télédéclaration, les montants se reportent automatiquement dans les cases 3AN (plus-value) ou 3BN (moins-value). Un compte ouvert sur une plateforme étrangère ? Il faut en plus le déclarer via le formulaire 3916-3916 bis, une obligation distincte, souvent oubliée, qui n'a rien à voir avec la déclaration de plus-value elle-même.
Pourquoi ça a du sens pour un investisseur déjà dans l'immobilier
Comme pour le PEA (voir l'article dédié), les cryptomonnaies représentent une classe d'actifs largement décorrélée de l'immobilier locatif, avec une volatilité et un profil de risque très différents, à ne surtout pas sous-estimer. Pour un bailleur déjà fortement exposé à la pierre, une allocation mesurée dans ce type d'actif peut trouver sa place dans une logique de diversification, à condition d'en maîtriser la fiscalité pour ne pas transformer un gain sur le papier en mauvaise surprise déclarative.
Avant de remplir votre déclaration
- Recensez toutes vos cessions de l'année (conversions en euros, achats de biens ou services en crypto), pas seulement les échanges entre cryptos qui restent en sursis.
- Vérifiez si le total de vos prix de cession dépasse 305 € avant de conclure trop vite à l'exonération.
- Comparez le PFU à 31,4 % avec l'option barème progressif si votre tranche marginale reste faible.
- Déclarez tout compte détenu sur une plateforme étrangère via le formulaire 3916-3916 bis, en plus de l'annexe 2086.
- Si vos opérations se multiplient et se technicisent, anticipez une possible requalification en activité professionnelle avant qu'un contrôle ne s'en charge à votre place.
Sources officielles
- Comment déclarer les plus ou moins-values sur cessions d'actifs numériques (impots.gouv.fr) consulté le 22 août 2026
Questions fréquentes
Quel est le taux d'imposition des plus-values crypto pour un particulier ?
Le taux de droit commun est le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 %, composé de 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Un contribuable dont la tranche marginale d'imposition est faible peut opter pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu si cela s'avère plus favorable, via la case 3CN de sa déclaration.
Le seuil d'exonération de 305 € porte-t-il sur le gain ou sur le montant total vendu ?
Sur le montant total des prix de cession de l'année, pas sur le seul gain réalisé. Concrètement, si la somme de toutes vos ventes de cryptomonnaies sur l'année reste sous 305 €, vous êtes exonéré, même si vous avez réalisé une plus-value sur ce montant.
Un simple échange entre deux cryptomonnaies est-il imposable ?
Non, les opérations d'échange d'actifs numériques contre d'autres actifs numériques, sans contrepartie en monnaie, bénéficient d'un sursis d'imposition, c'est seulement la conversion en monnaie ayant cours légal (euros notamment), ou l'achat d'un bien ou service avec des cryptomonnaies, qui déclenche l'imposition de la plus-value.
Quand bascule-t-on du régime particulier vers un régime professionnel ?
Dès lors que l'activité se caractérise par des opérations nombreuses et sophistiquées, réalisées avec des outils et techniques professionnels tout au long de l'année, les profits relèvent des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) pour l'achat-revente habituel, ou des bénéfices non commerciaux (BNC) pour les activités de minage et de staking, des régimes fiscaux et sociaux très différents du PFU applicable à un investisseur occasionnel.
Quel formulaire remplir pour déclarer ses plus-values crypto ?
L'annexe n° 2086, qui détaille chaque cession de l'année. En télédéclaration, les montants se reportent automatiquement dans les cases 3AN (gains) ou 3BN (pertes) de la déclaration principale. Les comptes détenus sur des plateformes étrangères doivent en plus être déclarés via le formulaire 3916-3916 bis.