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Investir dans l'immobilier locatif en 2015 : des taux qui dégringolent, dans une France sous le choc

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Il y a quelque chose d'étrange à se replonger dans 2015 : c'est une année où la France, meurtrie par deux vagues d'attentats à quelques mois d'intervalle, continuait presque malgré elle de vivre une histoire immobilière plutôt heureuse. Les taux de crédit n'avaient jamais été aussi bas de mémoire d'emprunteur, et pourtant l'ambiance générale du pays n'avait rien d'euphorique. C'est cette contradiction qui donne à 2015 son caractère particulier, un point de départ utile pour comprendre tout ce qui a suivi.

Vérifié le 23 août 2026.

Une France sous le choc, un gouvernement sous tension

François Hollande est président depuis 2012, Manuel Valls Premier ministre depuis l'année précédente. Mais 2015 restera surtout dans les mémoires comme l'année des attentats : ceux de janvier contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, puis ceux du 13 novembre à Paris et Saint-Denis, qui feront basculer le pays dans l'état d'urgence pour de longs mois. Ce climat pèse sur l'ambiance générale, y compris économique, même si son effet direct sur le marché immobilier reste difficile à isoler des autres tendances de fond.

Sur le plan économique, le pays sort tout juste de deux années de croissance atone. Le produit intérieur brut progresse de 1,3 % en 2015 selon l'Insee, un léger mieux après des exercices plus poussifs, mais le chômage continue de grimper : il atteint 10,2 % de la population active en France métropolitaine, son plus haut niveau depuis 1997. L'inflation, elle, est quasiment nulle, portée par la chute des prix du pétrole, une désinflation qui, combinée à la politique très accommodante de la Banque centrale européenne, explique en grande partie la baisse continue des taux de crédit immobilier cette année-là.

Ce que coûtait un crédit immobilier en 2015

C'est sans doute le fait le plus marquant de l'année pour quiconque envisageait un investissement locatif : les taux moyens, déjà considérés comme bas, continuent de reculer. Selon l'Observatoire Crédit Logement/CSA, le taux moyen toutes durées confondues démarre l'année autour de 2,20 à 2,40 %, avant de connaître un léger rebond estival puis de se stabiliser autour de 2,20 % en fin d'année. Ce qui semblait déjà exceptionnel à l'époque (obtenir un crédit sur 20 ans à un taux inférieur à 3 %) allait pourtant continuer de baisser pendant plusieurs années encore, ce que personne n'anticipait vraiment en 2015.

Pour un investisseur qui se lançait cette année-là, l'effet de levier du crédit était donc particulièrement favorable : emprunter pour acheter un bien locatif coûtait moins cher que jamais, dans un contexte où les prix de l'immobilier, dans la plupart des grandes villes, restaient encore raisonnables comparés à ce qu'ils allaient devenir dix ans plus tard.

Le contrat-type de bail : la fin du bricolage juridique

Sur le plan réglementaire, l'événement de l'année pour les bailleurs tient en un décret : celui du 29 mai 2015, qui impose deux modèles-types de contrat de location (un pour le nu, un pour le meublé) applicables à tous les baux signés à partir du 1er août 2015. Jusque-là, chaque bailleur, chaque agence, chaque modèle trouvé sur internet avait sa propre version du bail, avec des clauses parfois abusives ou simplement obsolètes. La loi ALUR de 2014 avait posé le principe ; ce décret lui donne enfin un contenu concret et opposable.

Pour un propriétaire de l'époque, ce changement n'a rien d'anecdotique : il fige un cadre commun, réduit le contentieux sur des clauses mal rédigées, et reste aujourd'hui encore, dans ses grandes lignes, la base du bail d'habitation en France.

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Paris teste l'encadrement des loyers

Deuxième chantier issu de la loi ALUR à prendre corps en 2015 : l'encadrement des loyers, expérimenté pour la première fois à Paris à partir de l'été. Le principe est simple sur le papier, un loyer de référence par quartier et par type de logement, avec un plafond au-dessus duquel il n'est en théorie plus possible de louer. Dans la pratique, le dispositif divise immédiatement propriétaires et associations de locataires, et sa solidité juridique laisse déjà planer un doute chez certains observateurs, un doute qui se révélera fondé deux ans plus tard.

Ce qui semblait à l'époque un ajustement technique local (l'encadrement ne concernait alors que Paris) allait en réalité ouvrir un débat qui dure encore aujourd'hui sur la légitimité et l'efficacité de ce type de mesure dans les zones tendues.

Ce que ça changeait, concrètement, pour un bailleur

Pour un propriétaire bailleur de 2015, l'année se résume à trois réalités très concrètes : un crédit exceptionnellement bon marché qui rendait l'investissement locatif particulièrement attractif sur le plan du financement ; un cadre contractuel enfin stabilisé grâce au bail-type ; et, si le bien se trouvait à Paris, une nouvelle contrainte sur le niveau de loyer à respecter dès la mise en location. Le reste du cadre fiscal restait globalement stable par rapport aux années précédentes, la grande bascule fiscale n'allait venir que trois ans plus tard.

Ce qu'on retient de 2015

Avec le recul, 2015 apparaît comme une année charnière discrète : celle où les taux ont commencé une descente qui allait durer près de sept ans, et où l'appareil réglementaire issu de la loi ALUR a commencé à prendre forme concrètement, contrat-type puis encadrement des loyers. Dans un pays en état de choc après les attentats, l'immobilier locatif continuait, presque en silence, de devenir un placement de plus en plus accessible sur le plan du financement. Pour la suite de cette histoire, voir l'article dédié à l'année 2016, où l'attention se déplace vers l'état des lieux et un climat social qui commence à s'échauffer sérieusement. Cet article ouvre une série de douze portraits annuels ; l'article de synthèse « De 2015 à 2026 : une décennie d'investissement locatif en France » revient sur l'ensemble de la trajectoire une fois les onze années suivantes parcourues.

Sources officielles

Questions fréquentes

Quel était le taux moyen d'un crédit immobilier en 2015 ?

Autour de 2,20 à 2,40 % en moyenne toutes durées confondues en début d'année selon l'Observatoire Crédit Logement/CSA, avec une tendance à la baisse sur l'ensemble de l'exercice, un niveau qui semblait déjà bas à l'époque, mais qui allait continuer à reculer pendant plusieurs années encore.

Le contrat-type de bail de 2015 s'applique-t-il encore aujourd'hui ?

Oui, dans son principe : le modèle de contrat créé par le décret du 29 mai 2015 pour les locations nues et meublées reste la base juridique du bail d'habitation en France, même s'il a été ajusté à la marge par des textes ultérieurs (loi ELAN notamment).

L'encadrement des loyers a-t-il vraiment fonctionné à Paris en 2015 ?

Il a été effectivement mis en œuvre à l'été 2015, mais son cadre juridique s'est révélé fragile : il sera annulé par le tribunal administratif de Paris en 2017, avant d'être relancé sur des bases légales plus solides avec la loi ELAN de 2018.

Pourquoi les taux étaient-ils déjà bas en 2015 alors que le chômage restait très élevé ?

Les deux évoluent sur des logiques différentes : les taux de crédit suivent la politique monétaire de la Banque centrale européenne, très accommodante depuis la crise des dettes souveraines, tandis que le chômage reflète la faiblesse persistante de la croissance française sur la période. Les deux courbes ont fini par se rejoindre dans le sentiment général d'une économie qui tournait au ralenti malgré de l'argent bon marché.

2015 était-elle une bonne année pour investir dans le locatif, avec le recul ?

Avec le recul de plus de dix ans, oui, incontestablement : les prix de l'immobilier dans la plupart des grandes villes françaises ont sensiblement progressé depuis, et les taux d'emprunt de l'époque, déjà bas, ont permis de figer un coût du crédit qui paraît aujourd'hui très favorable comparé aux années 2022-2023.