Image générée par intelligence artificielle

Minage de cryptomonnaies : quel statut fiscal ?

Fiscalité

Un lecteur qui avait monté deux ou trois machines de minage « pour voir » dans sa cave me demandait si ça valait le coup de déclarer, vu les faibles montants en jeu. Réponse : oui, et il n'a pas vraiment le choix. Contrairement au trading classique, où la frontière entre particulier et professionnel reste floue, le minage a droit à une règle fiscale écrite noir sur blanc, et elle ne fait pas de cadeau sur le principe, même si elle ouvre de vraies possibilités de déduction.

Vérifié le 25 août 2026.

Une qualification fiscale claire, contrairement au staking

Le minage bénéficie d'un traitement fiscal explicitement fixé par la doctrine administrative, ce qui n'est pas le cas de toutes les activités liées aux cryptomonnaies (voir l'article dédié au flou qui entoure le staking). Le texte BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40 qualifie les gains de minage de bénéfices non commerciaux (BNC) au sens de l'article 92 du CGI, dès lors qu'ils rémunèrent une participation à la création ou au fonctionnement d'un système d'unité de compte virtuelle (confirmé sur bofip.impots.gouv.fr).

La règle qui surprend le plus : une valeur d'acquisition nulle

Le point central de ce texte, souvent mal compris : les jetons obtenus par minage sont attribués gratuitement, sans prix d'achat. La doctrine en tire une conséquence logique mais lourde : la valeur d'acquisition retenue pour le calcul du revenu imposable est nulle. Concrètement, la totalité de la valeur de marché du jeton, au jour où il apparaît dans votre portefeuille suite au minage, constitue un revenu imposable, il n'y a rien à soustraire, puisqu'il n'y a rien eu à débourser pour l'acquérir.

Exemple : vous minez 0,05 BTC un jour où le bitcoin vaut 60 000 € l'unité. Vous êtes imposable, cette année-là, sur 3 000 € de revenu BNC, même si vous ne revendez rien et gardez ces jetons dans votre portefeuille froid.

[Photo à insérer ici]

Deux temps d'imposition, pas un seul

Le minage se déclare en deux étapes distinctes, qu'il ne faut surtout pas confondre :

  1. À la réception des jetons minés : imposition en BNC sur leur valeur de marché du jour, avec une valeur d'acquisition nulle ;
  2. Lors d'une revente ultérieure de ces mêmes jetons : imposition, distincte, de la plus-value réalisée entre la valeur retenue à la réception et le prix de cession, au taux du prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, au titre de l'article 150 VH bis.

Reprenons l'exemple : si vos 0,05 BTC minés à 3 000 € sont revendus six mois plus tard alors que le bitcoin vaut 65 000 € l'unité (soit 3 250 € pour votre quantité), vous êtes imposable, en plus des 3 000 € déjà comptés en BNC, sur une plus-value de 250 € au taux du PFU.

Micro-BNC ou régime réel : où se situe l'intérêt

Deux régimes déclaratifs sont ouverts au mineur :

  • Le micro-BNC : un abattement forfaitaire de 34 % s'applique sur les recettes brutes (avec un minimum de 305 €), censé couvrir forfaitairement l'ensemble des charges. Simple, mais pas toujours avantageux pour une activité de minage, dont les coûts réels (électricité, matériel) peuvent largement dépasser 34 % des recettes.
  • Le régime de la déclaration contrôlée (formulaire 2035-SD) : il impose de tenir une comptabilité, mais permet de déduire les charges réelles, consommation électrique dédiée à l'activité, amortissement du matériel de minage sur sa durée de vie, frais de refroidissement, éventuellement une quote-part de loyer si un local est dédié.

C'est là que le minage se distingue nettement du staking ou du trading : la facture d'électricité, souvent le poste de coût numéro un du minage, devient un vrai levier fiscal dès lors qu'on opte pour le régime réel et qu'on peut la justifier avec un compteur ou une sous-répartition dédiée.

Un exemple chiffré pour comparer les deux régimes

Un mineur amateur génère 8 000 € de recettes annuelles (valeur des jetons à réception), pour 4 500 € de charges réelles (électricité, amortissement du matériel) :

  • En micro-BNC : abattement forfaitaire de 34 %, soit 2 720 € déduits, revenu imposable retenu : 5 280 € ;
  • Au régime réel : déduction des charges réelles de 4 500 €, revenu imposable retenu : 3 500 €.

Dans ce cas précis, le régime réel réduit de plus de 30 % la base imposable par rapport au micro-BNC, un écart qui justifie largement la tenue d'une comptabilité, dès lors que l'activité de minage engage des coûts réels significatifs.

Ce qu'il faut mettre en place concrètement

  1. Suivez la date et la valeur de chaque récompense minée, un tableau simple au fil de l'eau évite de tout reconstituer en avril.
  2. Isolez la consommation électrique dédiée au minage si vous envisagez le régime réel (compteur séparé ou calcul justifiable de la consommation des machines).
  3. Conservez les factures d'achat du matériel de minage pour pouvoir l'amortir sur sa durée d'utilisation.
  4. Comparez chaque année micro-BNC et régime réel selon le volume de vos charges, le choix n'est pas figé définitivement et peut être réévalué.
  5. Gardez trace de la valeur de réception de chaque jeton miné : elle sert de référence pour le calcul de la plus-value en cas de revente ultérieure.

Sources officielles

Questions fréquentes

Le minage est-il imposé dès la réception des jetons ou seulement à la revente ?

Dès la réception. Les jetons minés sont imposés en bénéfices non commerciaux au titre de l'année où ils sont attribués, à leur valeur de marché ce jour-là. Une seconde imposition, distincte, intervient ensuite lors de la revente de ces jetons, sur la plus-value éventuelle réalisée depuis leur réception, au taux du prélèvement forfaitaire unique.

Pourquoi la valeur d'acquisition est-elle nulle pour les jetons minés ?

Parce que ces jetons sont attribués gratuitement au mineur en contrepartie de son activité de calcul, sans prix d'achat à proprement parler. La doctrine fiscale retient donc une valeur d'acquisition nulle : la totalité de la valeur du jeton à sa réception constitue un revenu imposable, sans rien à déduire à ce stade.

Puis-je déduire mes frais d'électricité et de matériel informatique ?

Oui, mais uniquement si vous optez pour le régime de la déclaration contrôlée (formulaire 2035-SD), qui permet de déduire les charges réelles engagées pour l'activité : consommation électrique dédiée, amortissement du matériel de minage, frais de refroidissement, abonnement internet dédié le cas échéant. Le régime micro-BNC, lui, applique un abattement forfaitaire unique de 34 % qui couvre censément toutes ces charges, sans les détailler.

Le minage à titre amateur, avec un seul ordinateur, change-t-il la qualification fiscale ?

Non, contrairement à la distinction particulier/professionnel qui existe pour le trading, la doctrine BOFiP ne prévoit pas de régime allégé pour un minage occasionnel ou amateur : dès qu'il y a activité de minage generant des jetons, la qualification BNC s'applique, quel que soit le volume, avec le choix ouvert entre micro-BNC et régime réel selon ce volume justement.

Le minage est-il toujours rentable en France compte tenu du coût de l'électricité ?

C'est une question de rentabilité économique, distincte de la question fiscale traitée ici, qui dépend du prix de l'électricité, du matériel utilisé et du cours de la cryptomonnaie minée, un calcul à faire au cas par cas, indépendamment du régime fiscal applicable, qui lui reste identique quel que soit le résultat économique de l'activité.