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Or physique : fiscalité et stockage, ce qu'il faut vraiment savoir

Fiscalité

Un bailleur qui avait hérité de quelques pièces d'or de son grand-père me demandait comment ça se déclarait à la revente, en imaginant naïvement que ça fonctionnerait comme n'importe quelle plus-value. Mauvaise pioche : par défaut, l'administration ne regarde même pas s'il y a eu un gain ou une perte. Elle applique une taxe forfaitaire sur le prix total de la vente, point final, sauf à sortir la bonne pièce justificative pour changer complètement de régime.

Vérifié le 25 août 2026.

Le régime par défaut : une taxe forfaitaire de 11,5 % sur le prix total

Toute vente ou exportation de métaux précieux est soumise, par défaut, à la taxe forfaitaire sur les objets précieux prévue par l'article 150 VI et suivants du CGI (confirmé sur bofip.impots.gouv.fr) :

  • 11 % du prix de cession pour les métaux précieux (contre 6 % pour les bijoux, objets d'art, de collection ou d'antiquité) ;
  • + 0,5 % de CRDS (contribution pour le remboursement de la dette sociale).

Soit une ponction totale de 11,5 % sur le prix de vente. Le point crucial à comprendre : cette taxe s'applique sur le montant total de la vente, pas sur le gain réalisé. Vendre pour 20 000 € un lingot acheté 22 000 € (donc à perte) déclenche quand même 2 300 € de taxe, un mécanisme qui peut sembler absurde, mais qui s'explique par l'absence, par défaut, de preuve du prix d'achat aux yeux de l'administration.

L'alternative : opter pour le régime des plus-values, si vous pouvez le justifier

Une option existe pour échapper à ce calcul aveugle : le régime de droit commun des plus-values sur biens meubles (article 150 UA du CGI). Dans ce cas, seule la plus-value réelle (prix de vente moins prix d'achat) est imposée, avec un mécanisme d'abattement pour durée de détention particulièrement généreux : 5 % par année de détention au-delà de la deuxième année, aboutissant à une exonération totale après 22 ans de détention.

Mais cette option a un prix : il faut pouvoir justifier la date et le prix d'acquisition, par une facture, un acte notarié, ou un document de succession ou de donation identifiant précisément le bien. À défaut d'une telle preuve, une alternative existe : démontrer une détention de plus de 22 ans par d'autres documents identifiant individuellement le bien (catalogue, inventaire, contrat d'assurance), auquel cas l'exonération totale s'applique directement, sans même avoir besoin du prix d'achat initial.

[Photo à insérer ici]

Un exemple pour comparer les deux régimes

Vous avez acheté un lingot d'or 20 000 € il y a 10 ans, revendu aujourd'hui 35 000 €.

  • Régime par défaut (taxe forfaitaire) : 11,5 % de 35 000 € = 4 025 € de taxe, quel que soit le gain réel ;
  • Option régime des plus-values (si la facture d'achat est disponible) : plus-value brute de 15 000 €, abattement de 5 % par an au-delà de la 2e année soit 8 années d'abattement × 5 % = 40 % d'abattement, plus-value nette imposable de 9 000 €, taxée au taux applicable aux plus-values sur biens meubles (19 % + prélèvements sociaux) soit environ 3 000 à 3 300 € selon le taux exact de prélèvements sociaux applicable.

Dans cet exemple, l'option pour le régime des plus-values reste plus avantageuse, mais l'écart se resserre ou s'inverse selon le nombre d'années de détention et l'ampleur réelle du gain, chaque situation mérite un calcul précis avant de choisir.

L'or « d'investissement » : une exonération de TVA à l'achat

À l'achat, l'or dit « d'investissement » (lingots, lingotins et certaines pièces répondant à des critères précis de pureté (au moins 995 millièmes pour les lingots) et de cotation officielle) bénéficie d'une exonération de TVA, contrairement à un bijou en or classique, soumis à la TVA normale comme n'importe quel bien de consommation. Cette distinction explique pourquoi un lingot et un bijou en or de même poids n'ont pas du tout le même prix d'achat, à cours de l'or identique.

La question du stockage : trois options, trois compromis

Posséder de l'or physique pose une question que n'ont pas les autres placements financiers : où le conserver en sécurité ?

  • Coffre à domicile : accessible à tout moment, mais généralement mal couvert par une assurance habitation standard au-delà d'un plafond souvent limité pour les métaux précieux, à vérifier précisément avec votre assureur avant de vous y fier ;
  • Coffre bancaire loué : sécurité renforcée, mais coût annuel de location et horaires d'accès limités aux heures d'ouverture de l'agence ;
  • Coffre auprès d'un prestataire spécialisé en stockage de métaux précieux, parfois avec assurance dédiée incluse et un accès facilité, une solution intermédiaire de plus en plus utilisée, à condition de bien vérifier le sérieux et la solvabilité du prestataire choisi.

Quel que soit le choix, conservez systématiquement les factures d'achat dans un lieu distinct du métal lui-même : c'est ce document qui conditionnera votre capacité à opter pour le régime des plus-values, potentiellement bien plus favorable, le jour de la revente.

Ce qu'il faut retenir avant d'investir

  1. Conservez systématiquement toute facture ou justificatif d'achat, dès le premier jour, c'est la seule façon de vous garder l'option du régime des plus-values à la revente.
  2. Privilégiez l'or d'investissement (lingots, lingotins, pièces reconnues) si l'objectif est un placement financier plutôt qu'un bijou à porter, pour bénéficier de l'exonération de TVA à l'achat.
  3. Calculez les deux régimes fiscaux avant une revente significative, la taxe forfaitaire n'est pas toujours la moins favorable, notamment sur une détention courte avec un fort gain.
  4. Sécurisez le stockage en fonction du montant détenu, en vérifiant précisément les plafonds de couverture de votre assurance habitation si vous optez pour un coffre à domicile.
  5. Ne concentrez pas l'intégralité de votre épargne de diversification sur l'or physique : c'est un actif qui ne produit aucun revenu (contrairement à un loyer ou un dividende) et dont la valeur dépend uniquement de l'évolution de son cours.

Sources officielles

Questions fréquentes

Quelle est la fiscalité par défaut à la revente d'or physique ?

La taxe forfaitaire sur les objets précieux s'applique automatiquement, au taux de 11 % du prix de vente, majorée de 0,5 % de CRDS, soit 11,5 % au total, sans tenir compte du gain ou de la perte réellement réalisés, uniquement du montant de la vente.

Peut-on éviter la taxe forfaitaire de 11 % ?

Oui, en optant pour le régime de droit commun des plus-values sur biens meubles, qui impose la plus-value réelle (prix de vente moins prix d'achat) avec un abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième année, jusqu'à une exonération totale après 22 ans. Cette option suppose de pouvoir justifier la date et le prix d'acquisition par une facture ou un document équivalent.

Que se passe-t-il si je ne retrouve pas la facture d'achat de mon or ?

Sans preuve de la date et du prix d'acquisition, l'option pour le régime des plus-values devient très difficile à exercer, sauf à démontrer une détention de plus de 22 ans par d'autres documents identifiant précisément le bien (catalogue, inventaire, contrat d'assurance). À défaut, la taxe forfaitaire de 11,5 % s'applique par défaut sur le prix total de vente.

L'achat d'or physique est-il soumis à la TVA ?

L'or dit « d'investissement » (lingots, lingotins et certaines pièces répondant à des critères précis de pureté et de cotation) est exonéré de TVA à l'achat, contrairement à un bijou en or classique, qui reste soumis à la TVA normale comme n'importe quel autre bien de consommation.

Comment bien conserver son or physique une fois acheté ?

Trois options principales existent : un coffre à domicile (accessible mais moins sécurisé et généralement mal couvert par une assurance habitation standard au-delà d'un certain montant), un coffre bancaire loué (sécurisé mais avec un coût annuel et des horaires d'accès limités), ou un coffre auprès d'un prestataire spécialisé en stockage de métaux précieux, parfois avec assurance dédiée incluse. Le choix dépend du montant détenu et de la fréquence d'accès souhaitée.