
Une lectrice me demandait récemment pourquoi sa fiche de paie mentionnait un « abondement » qu'elle ne comprenait pas bien, et si elle avait intérêt à y toucher ou à laisser dormir cette somme. En creusant, elle avait en fait deux enveloppes différentes chez son employeur (un PEE et un PER d'entreprise collectif) sans jamais avoir vraiment compris à quoi elles servaient ni comment les faire jouer en sa faveur. C'est un cas très courant : l'épargne salariale reste l'angle mort de beaucoup de salariés, alors qu'elle contient parfois plusieurs milliers d'euros gratuits.
Vérifié le 25 août 2026.
Deux enveloppes, deux horizons de temps
Le plan d'épargne entreprise (PEE) et le PER d'entreprise collectif (souvent appelé PERECO, qui a remplacé le PERCO depuis le 1er octobre 2020) partagent le même principe de base : vous y versez de l'argent, votre employeur peut compléter, et l'ensemble profite d'une fiscalité avantageuse à condition de respecter une durée de blocage. Là où ils divergent, c'est sur cette durée : cinq ans pour le PEE, jusqu'à la retraite pour le PER collectif (source economie.gouv.fr).
Les anciens plans PERCO, eux, n'ont pas disparu : ils continuent de fonctionner pour les salariés qui en détiennent déjà un, et peuvent même recevoir de nouveaux versements. Simplement, il n'est plus possible d'en ouvrir un nouveau depuis 2020, tout nouveau dispositif de ce type est forcément un PER d'entreprise collectif.
Ce qui peut alimenter ces plans
Concrètement, quatre sources de versement, qui peuvent se cumuler :
- La participation : la quote-part obligatoire des bénéfices de l'entreprise reversée aux salariés (dans les entreprises de 50 salariés et plus, en principe).
- L'intéressement : une prime facultative liée aux performances ou résultats de l'entreprise, quand un accord d'intéressement existe.
- Les versements volontaires : de l'argent que vous décidez vous-même de placer, dans la limite de 25 % de votre rémunération annuelle brute.
- Le transfert de jours de repos non pris : jusqu'à 10 jours par an peuvent être convertis en versement sur le PER collectif quand l'entreprise le permet.
Sur chacune de ces sources, l'employeur peut ajouter un abondement, un complément qu'il verse en plus de ce que vous placez vous-même.
L'abondement : l'argent gratuit qu'on laisse trop souvent filer
C'est le point le plus mal compris, et pourtant le plus simple à comprendre une fois qu'on l'a en tête : l'abondement ne peut jamais dépasser trois fois le montant que vous avez vous-même versé, ni un plafond annuel fixé à 7 690 € en 2026 pour chaque dispositif (PEE et PER collectif séparément). Un salarié qui verse 500 € sur son PEE peut donc espérer jusqu'à 1 500 € d'abondement de son employeur, si l'accord d'entreprise le prévoit à ce niveau, chaque entreprise fixe ses propres règles d'abondement dans son accord.
Concrètement, ne rien verser volontairement, c'est souvent renoncer à un abondement auquel vous auriez eu droit. Beaucoup de salariés laissent filer cette somme chaque année, simplement parce qu'ils ne savent pas que verser quelques centaines d'euros peut déclencher un complément de l'employeur.
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Le PEE : cinq ans de blocage, mais des sorties possibles
Les sommes placées sur un PEE sont bloquées pendant cinq ans à compter du versement, mais la loi prévoit une liste assez large de situations qui permettent un déblocage anticipé sans perdre l'avantage fiscal :
- Mariage ou conclusion d'un Pacs ;
- Naissance ou arrivée au foyer d'un troisième enfant, puis de chaque enfant suivant ;
- Divorce, séparation ou dissolution d'un Pacs avec la garde d'au moins un enfant ;
- Invalidité (du salarié, de ses enfants, de son conjoint ou partenaire de Pacs) ;
- Décès (du salarié, de son conjoint ou partenaire de Pacs) ;
- Rupture du contrat de travail (démission, licenciement, fin de CDD...) ;
- Création ou reprise d'entreprise par le salarié, son conjoint, ses enfants ;
- Achat ou agrandissement de la résidence principale ;
- Situation de surendettement ;
- Rénovation énergétique de la résidence principale ;
- Achat d'un véhicule propre ;
- Activité de proche aidant.
Ces trois derniers cas sont relativement récents et méconnus, beaucoup de salariés qui font des travaux d'isolation ou achètent un véhicule électrique ignorent qu'ils peuvent piocher dans leur PEE sans en perdre le bénéfice fiscal.
La fiscalité du PEE, à l'entrée et à la sortie
À l'entrée, l'intéressement, la participation et l'abondement versés sur le PEE sont exonérés d'impôt sur le revenu, mais restent soumis à la CSG et à la CRDS au taux de 9,7 %. À la sortie, les gains générés par les placements (plus-values, dividendes réinvestis) sont exonérés d'impôt sur le revenu, à condition que le retrait respecte le délai de blocage ou corresponde à un cas de déblocage anticipé, seuls les prélèvements sociaux au taux de 17,2 % restent dus sur ces gains.
Le PER d'entreprise collectif : bloqué jusqu'à la retraite, avec des exceptions
Le PER collectif reprend la même mécanique de versements et d'abondement, mais avec un horizon différent : les fonds restent bloqués jusqu'au départ à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé, nettement plus restreints que pour le PEE (source service-public.gouv.fr) :
- Décès du conjoint ou partenaire de Pacs ;
- Invalidité (catégories 2 ou 3) du titulaire, de ses enfants, de son conjoint ou partenaire de Pacs ;
- Situation de surendettement ;
- Expiration des droits à l'assurance chômage ;
- Cessation d'activité non salariée à la suite d'une liquidation judiciaire ;
- Achat de la résidence principale.
Ce dernier cas (l'achat de la résidence principale) est souvent la porte de sortie la plus utilisée en pratique, notamment pour constituer un apport. Attention toutefois : sur un PER collectif, ce déblocage anticipé pour achat de résidence principale ne s'applique pas aux sommes issues de la participation et de l'intéressement obligatoires transférées automatiquement, dans certains cas prévus par l'accord d'entreprise, un point à vérifier avec votre service RH avant de compter dessus.
La sortie du PER collectif à l'échéance : capital ou rente
Au moment de la retraite, deux options s'offrent à vous, et le choix n'est pas anodin fiscalement :
| Origine des sommes | Sortie en capital | Sortie en rente |
|---|---|---|
| Versements volontaires déduits du revenu imposable | Réintégrés au barème de l'impôt sur le revenu | Régime des rentes viagères à titre onéreux, avec abattement selon l'âge |
| Gains sur ces versements | Prélèvement forfaitaire d'environ 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS) | Même régime, abattement selon l'âge |
| Participation, intéressement, abondement de l'employeur | Exonérés d'impôt sur le revenu, prélèvements sociaux dus sur les gains | Régime des rentes viagères à titre onéreux |
La sortie en rente suit les mêmes règles fiscales que celles applicables aux rentes viagères à titre onéreux classiques, avec un abattement qui dépend de l'âge du bénéficiaire au moment du premier versement, plus vous partez tard à la retraite, plus l'abattement est favorable.
Pourquoi ça compte, même pour un bailleur déjà investi dans l'immobilier
Un salarié qui gère déjà un ou plusieurs biens locatifs en parallèle de son activité salariée a souvent tendance à laisser filer son épargne salariale, faute de temps pour s'y pencher. C'est pourtant l'un des rares placements où l'employeur ajoute littéralement de l'argent gratuit sur simple demande. Contrairement à un investissement locatif qui immobilise du capital sur des années, un versement sur PEE ou PER collectif peut se faire en quelques clics via l'espace en ligne de l'établissement teneur de compte, sans dossier de financement ni recherche de locataire.
Les pièges à éviter
- Ne pas vérifier l'accord d'entreprise : chaque entreprise fixe son propre taux d'abondement et ses propres fonds disponibles (FCPE, souvent avec différents profils de risque). Deux salariés dans deux entreprises différentes peuvent avoir des conditions très inégales.
- Confondre les deux plans : verser sur le PER collectif de l'argent dont vous pourriez avoir besoin avant la retraite, alors que le PEE aurait suffi pour un projet à 5 ans.
- Laisser l'épargne sur un fonds monétaire par défaut : beaucoup de plans placent les versements sur un support prudent faute de choix explicite du salarié, un choix qui peut coûter cher en performance sur le long terme, notamment pour le PER collectif dont l'horizon est justement long.
- Oublier de demander le déblocage anticipé dans les 6 mois suivant l'événement déclencheur pour certains cas, au-delà, la demande peut être refusée ou traitée moins favorablement selon l'organisme gestionnaire.
Ce qu'il faut retenir
- Versez au moins de quoi capter l'abondement maximal prévu par votre accord d'entreprise : c'est souvent le placement le plus rentable auquel vous avez accès, toutes catégories confondues.
- Choisissez le PEE pour un horizon de 5 ans, le PER collectif pour préparer la retraite, ne mélangez pas les deux objectifs.
- Vérifiez la liste des cas de déblocage anticipé avant de renoncer à un versement faute de liquidité disponible : l'achat d'un véhicule propre ou des travaux de rénovation énergétique en font désormais partie pour le PEE.
- Ne laissez pas votre épargne salariale sur un support par défaut sans vérifier s'il correspond à votre horizon réel de placement.
Sources officielles
- Plan d'épargne entreprise (PEE), comment ça marche ? (economie.gouv.fr) consulté le 25 août 2026
- Plan d'épargne retraite (PER) - PER d'entreprise collectif (Service-public.fr) consulté le 25 août 2026
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre le PEE et le PER d'entreprise collectif ?
Le PEE bloque les sommes versées pendant 5 ans, avec des cas de déblocage anticipé assez larges. Le PER d'entreprise collectif (PERECO, qui a remplacé le PERCO depuis octobre 2020) bloque l'épargne jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé plus restreints, dont l'achat de la résidence principale, qui reste possible. Le PEE convient à un projet à moyen terme, le PER collectif à la préparation de la retraite.
Qu'est-ce que l'abondement de l'employeur et est-il plafonné ?
L'abondement est le complément que l'employeur ajoute aux versements volontaires du salarié sur son PEE ou son PER collectif. Il ne peut pas dépasser 3 fois le versement du salarié, ni un plafond annuel fixé à 7 690 € en 2026 pour chaque dispositif. Un salarié qui verse 1 000 € peut donc recevoir jusqu'à 3 000 € d'abondement, dans la limite de ce plafond global.
Peut-on débloquer un PEE avant les 5 ans sans perdre l'avantage fiscal ?
Oui, dans une liste de cas prévus par la loi : mariage ou Pacs, naissance d'un troisième enfant, divorce avec garde d'un enfant, invalidité, décès, rupture du contrat de travail, création ou reprise d'entreprise, achat de la résidence principale, surendettement, rénovation énergétique de la résidence principale, achat d'un véhicule propre ou activité de proche aidant. Dans ces cas, le déblocage anticipé conserve l'exonération d'impôt sur le revenu sur les gains.
Le PERCO existe-t-il encore en 2026 ?
Il n'est plus possible d'ouvrir de nouveau PERCO depuis le 1er octobre 2020 : ce dispositif a été remplacé par le PER d'entreprise collectif (PERECO) dans le cadre de la loi Pacte. Les plans PERCO déjà ouverts avant cette date continuent de fonctionner normalement et peuvent toujours recevoir de nouveaux versements, ou être transférés vers un PERECO.
Quelle fiscalité s'applique à la sortie du PER d'entreprise collectif ?
Une sortie en capital distingue les versements volontaires déjà déduits du revenu imposable (réintégrés au barème de l'impôt sur le revenu) des gains générés (soumis à un prélèvement forfaitaire d'environ 30 %, dont 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux). Les sommes issues de la participation, de l'intéressement ou de l'abondement de l'employeur, elles, ressortent en franchise d'impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux restant dus sur les plus-values.