
Un lecteur qui avait placé une partie de sa trésorerie crypto en stablecoin « pour ne plus subir la volatilité » me demandait récemment si ce placement était vraiment aussi tranquille qu'on le lui avait vendu. Sa question m'a rappelé un mois de mai 2022 où un stablecoin censé valoir un dollar est tombé à treize centimes en quatre jours, entraînant dans sa chute un écosystème de plus de 40 milliards de dollars. Voici pourquoi ça peut arriver, et comment distinguer un stablecoin réellement solide d'un château de cartes.
Vérifié le 25 août 2026.
Le principe : une cryptomonnaie qui promet de ne pas bouger
Un stablecoin est une cryptomonnaie conçue pour maintenir une valeur stable, généralement fixée à 1 dollar ou 1 euro. Deux grandes familles existent :
- Les stablecoins adossés à des réserves (le cas le plus répandu, avec Tether ou Circle par exemple) : chaque jeton émis est censé être couvert par un actif équivalent détenu en réserve, dollars en banque, bons du Trésor, ou autres actifs liquides ;
- Les stablecoins algorithmiques, sans réserve physique équivalente, où la stabilité repose sur un mécanisme informatique d'arbitrage entre deux jetons, c'était précisément le cas de l'UST de l'écosystème Terra.
Le cas Terra/UST : quatre jours pour perdre 87 %
En mai 2022, l'UST (un stablecoin algorithmique censé valoir 1 dollar en permanence) a perdu sa parité et chuté à environ 0,13 dollar le 13 mai 2022, soit une baisse de 87 % en quelques jours à partir du 9 mai. Le mécanisme censé le stabiliser reposait sur un second jeton, le LUNA : quand l'UST perdait de la valeur, le protocole émettait davantage de LUNA pour racheter de l'UST et tenter de rétablir la parité. Sauf que ce mécanisme, qui fonctionne en conditions normales, s'est retourné contre lui-même dès que la confiance s'est effondrée : plus il fallait émettre de LUNA, plus sa valeur individuelle se diluait, jusqu'à perdre plus de 99,9 % de sa valeur sur la même période. Un écosystème valorisé à plus de 40 milliards de dollars en début d'année a quasiment disparu en quelques jours.
[Photo à insérer ici]
Pourquoi même un stablecoin « avec réserves » n'est pas sans risque
L'effondrement de l'UST est un cas extrême, propre aux stablecoins algorithmiques. Mais même un stablecoin adossé à de vraies réserves n'est pas à l'abri de tout risque, pour une raison simple : les actifs détenus en réserve ne sont pas toujours aussi liquides que les jetons émis. Si un nombre important de détenteurs demandent à convertir leurs jetons en monnaie traditionnelle au même moment (un mouvement de panique, ou un doute sur la qualité réelle des réserves) l'émetteur peut ne pas être en mesure de vendre ses actifs assez rapidement pour honorer toutes les demandes au taux de un pour un. C'est le même mécanisme de fond qu'une ruée bancaire classique, transposé à un acteur qui n'a pas le statut ni les garanties d'une banque.
Ce que change le règlement européen MiCA
Conscient de ces risques, le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs (MiCA, règlement UE 2023/1114) a fait des stablecoins une priorité réglementaire : les dispositions applicables aux jetons se référant à un actif et aux jetons de monnaie électronique (les deux catégories qui couvrent les stablecoins) sont entrées en application dès le 30 juin 2024, soit six mois avant le reste du règlement, fixé au 30 décembre 2024 (confirmé sur amf-france.org). Les émetteurs de ces catégories doivent obtenir un agrément auprès de l'ACPR en France, avec des obligations renforcées de composition et de qualité des réserves.
Ce que ces règles ne suppriment pas
MiCA réduit significativement le risque de fraude pure (un émetteur qui mentirait sur l'existence ou la qualité de ses réserves) et impose une vraie supervision prudentielle. Mais le risque structurel de retrait massif (le même principe qui a joué dans l'effondrement de l'UST, à une échelle différente) reste inhérent à tout instrument dont la liquidité immédiate des réserves n'est jamais absolument garantie à 100 % en toutes circonstances de marché. Un stablecoin régulé sous MiCA n'est donc pas l'équivalent exact d'un dépôt bancaire garanti par le fonds de garantie des dépôts, qui protège jusqu'à 100 000 € par établissement et par déposant, une différence de nature, pas seulement de degré.
Comment évaluer un stablecoin avant de s'y exposer
- Distinguez un stablecoin adossé à des réserves d'un stablecoin algorithmique, l'histoire de l'UST a montré la fragilité structurelle de la seconde catégorie, aujourd'hui largement délaissée par le marché suite à cet épisode.
- Vérifiez si l'émetteur est agréé au titre de MiCA, avec un contrôle prudentiel effectif par une autorité comme l'ACPR, plutôt qu'un acteur non régulé opérant depuis une juridiction moins exigeante.
- Renseignez-vous sur la composition exacte des réserves (liquidités, bons du Trésor courts, ou actifs moins liquides), plus les réserves sont liquides et de qualité, plus le risque de décrochage en cas de retrait massif diminue.
- Ne considérez jamais un stablecoin comme l'équivalent d'un compte bancaire garanti, même régulé, c'est un placement en actif numérique, avec un profil de risque propre.
- Diversifiez votre trésorerie entre plusieurs émetteurs si le montant détenu est significatif, plutôt que de concentrer une somme importante sur un seul stablecoin, aussi solide paraisse-t-il.
Sources officielles
- Crypto-asset markets: the MiCA regulation adopted by the European Parliament (AMF) consulté le 25 août 2026
- The European regulation Markets in Crypto-Assets (MiCA) (AMF) consulté le 25 août 2026
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un stablecoin, exactement ?
Une cryptomonnaie conçue pour maintenir une valeur stable, le plus souvent en s'adossant à une monnaie traditionnelle (le dollar dans l'immense majorité des cas) via des réserves d'actifs détenues par l'émetteur, ou parfois via un mécanisme purement algorithmique sans réserve physique, comme c'était le cas de l'UST de Terra.
Pourquoi un stablecoin adossé à des réserves peut-il quand même perdre sa parité ?
Parce que les actifs détenus en réserve ne sont pas toujours aussi liquides que les jetons émis. Si un grand nombre de détenteurs demandent à convertir leurs jetons en même temps, l'émetteur peut ne pas être en mesure de vendre ses réserves assez vite pour honorer toutes les demandes au taux de 1 pour 1, ce qui peut provoquer un décrochage temporaire ou durable de la parité.
Qu'est-ce qui a précisément causé l'effondrement de l'UST de Terra en 2022 ?
L'UST était un stablecoin algorithmique, sans réserve physique équivalente à sa valeur : sa parité au dollar reposait sur un mécanisme d'arbitrage avec un second jeton, le LUNA, censé absorber les variations de demande. Quand la confiance s'est effondrée, ce mécanisme s'est retourné contre lui-même : plus l'UST perdait sa parité, plus il fallait émettre de LUNA pour tenter de la rétablir, diluant sa valeur jusqu'à la quasi-disparition des deux jetons en quelques jours.
Le règlement MiCA empêche-t-il qu'un nouvel effondrement de ce type se reproduise ?
MiCA impose des obligations de réserve et d'agrément aux émetteurs de jetons se référant à un actif ou à une monnaie, entrées en application dès juin 2024, avant le reste du règlement. Ces règles réduisent le risque pour les stablecoins adossés à de vraies réserves régulées, mais ne suppriment pas le risque structurel de retrait massif (run) propre à tout instrument dont la liquidité immédiate des réserves n'est jamais totalement garantie.
Un investisseur qui détient des stablecoins pour se mettre à l'abri de la volatilité crypto est-il réellement protégé ?
Partiellement seulement. Un stablecoin correctement régulé et adossé à des réserves de qualité réduit fortement le risque par rapport à une cryptomonnaie volatile classique, mais ce n'est pas l'équivalent d'un dépôt bancaire garanti : il n'existe pas, à ce jour, de fonds de garantie public équivalent à celui qui protège les dépôts bancaires jusqu'à 100 000 € par établissement et par déposant.