
Un héritier m'écrivait dans une situation frustrante : son père, décédé récemment, avait mentionné à plusieurs reprises « investir un peu en bitcoin », sans jamais préciser sur quelle plateforme ni comment y accéder. Aucun testament ne mentionnait ces actifs, aucun mot de passe n'avait été transmis. Résultat : une somme dont personne ne connaît le montant exact, probablement bloquée pour toujours. Ce cas illustre bien où se situe le vrai risque en matière de succession crypto, et ce n'est pas là où on l'imagine le plus souvent.
Vérifié le 25 août 2026.
Démystifions d'abord une fausse information qui circule beaucoup
En préparant cet article, j'ai croisé plusieurs sites affirmant l'existence d'un « abattement spécifique de 5 000 € par héritier pour les cryptoactifs » et d'un formulaire dédié, parfois appelé « 2086-CRYPTO ». Je suis allé vérifier directement sur impots.gouv.fr, sur la page officielle consacrée à la déclaration de succession : rien de tel n'existe (confirmé sur impots.gouv.fr). Aucun abattement dédié, aucun formulaire spécifique aux actifs numériques pour une succession. C'est un bon rappel : sur un sujet aussi récent que la fiscalité crypto, mieux vaut toujours vérifier à la source avant de prendre une affirmation pour acquise, même répétée sur plusieurs sites à la fois.
La vraie règle : le régime de droit commun des biens meubles
Les cryptomonnaies sont juridiquement qualifiées de biens meubles incorporels par la décision du Conseil d'État du 26 avril 2018 (voir l'article dédié à la distinction particulier/professionnel, qui détaille cette décision). À ce titre, elles suivent, dans une succession, exactement le même régime fiscal que n'importe quel autre bien meuble du patrimoine : bijoux, véhicules, portefeuille d'actions ou liquidités.
Les abattements applicables restent donc les abattements classiques, selon le lien de parenté avec le défunt :
- Enfants et parents (ligne directe) : abattement de 100 000 € ;
- Conjoint survivant et partenaire de PACS : exonération totale, sans limite de montant, depuis la loi TEPA de 2007 ;
- Frères et sœurs : 15 932 € ;
- Neveux et nièces : 7 967 € ;
- Autres héritiers sans lien de parenté : 1 594 € ;
- Personnes en situation de handicap : abattement supplémentaire de 159 325 €, cumulable avec les précédents.
Au-delà de l'abattement, le barème progressif s'applique, de 5 % jusqu'à 8 072 € à 45 % au-delà de 1 805 677 € en ligne directe, un barème identique, encore une fois, à celui de n'importe quel autre bien transmis.
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Comment déclarer concrètement des cryptomonnaies dans une succession
La déclaration de succession se fait via le formulaire générique n° 2705-SD (accompagné le cas échéant des formulaires 2705-S et 2706), dans un délai de 6 mois à compter du décès pour un décès survenu en France, porté à 12 mois en cas de décès à l'étranger. La déclaration doit comporter l'énumération et l'estimation détaillée de tous les biens de la succession, les portefeuilles de cryptomonnaies y figurent au même titre qu'un compte bancaire ou un portefeuille de titres, valorisés à leur valeur de marché au jour du décès.
Le vrai risque n'est pas fiscal, il est technique
Voici le point qui mérite vraiment l'attention d'un détenteur de cryptomonnaies soucieux de sa succession. La fiscalité, aussi classique soit-elle, suppose que les héritiers sachent que ces actifs existent et puissent y accéder. Deux situations bien différentes se présentent :
- Actifs détenus sur une plateforme d'échange enregistrée : les héritiers peuvent généralement engager une démarche auprès de la plateforme, avec un acte de notoriété ou un certificat d'hérédité, un peu comme pour un compte bancaire classique, la plateforme conserve un lien identifiable avec le titulaire du compte.
- Actifs détenus dans un portefeuille personnel (voir l'article dédié au choix entre portefeuille chaud et froid) : sans la clé privée ou la phrase de récupération, personne (ni notaire, ni administration fiscale, ni tribunal) ne peut reconstituer l'accès. Les fonds restent inscrits sur la blockchain, visibles publiquement dans certains cas, mais définitivement hors de portée.
C'est exactement la situation vécue par l'héritier du début de cet article : un patrimoine qui existe, potentiellement soumis aux droits de succession comme n'importe quel autre bien, mais qu'il est concrètement impossible de récupérer, faute d'information transmise à temps.
Comment anticiper, sans compromettre sa sécurité de son vivant
- Établissez un inventaire de vos comptes et portefeuilles crypto (plateformes utilisées, portefeuilles personnels détenus) sans y consigner les clés privées elles-mêmes en clair, pour éviter tout risque de vol de votre vivant.
- Informez un tiers de confiance (notaire, conjoint, enfant) de l'existence de ce patrimoine et de la façon dont l'inventaire est conservé, même sans lui donner un accès direct immédiat.
- Envisagez une solution de séquestre ou de succession numérique proposée par certains prestataires spécialisés, qui permettent de transmettre un accès de façon sécurisée et différée, déclenchée seulement au moment du décès.
- Mentionnez l'existence de ces actifs dans votre testament, sans y indiquer les clés d'accès elles-mêmes (un testament peut devenir un document consultable dans des conditions qui ne garantissent pas la même confidentialité qu'un coffre personnel).
- Actualisez régulièrement cet inventaire à mesure que vos avoirs ou vos plateformes utilisées évoluent, un inventaire obsolète peut s'avérer presque aussi inutile qu'une absence totale d'information.
Sources officielles
- Déclarer une succession (impots.gouv.fr) consulté le 25 août 2026
- Conseil d'État, 8e-3e chambres réunies, 26/04/2018, n° 417809 (Légifrance) consulté le 25 août 2026
Questions fréquentes
Existe-t-il un abattement spécifique pour les cryptomonnaies dans une succession ?
Non. C'est une affirmation qui circule sur plusieurs sites non officiels, mais la documentation d'impots.gouv.fr n'en fait aucune mention. Les actifs numériques suivent exactement le même régime que n'importe quel autre bien meuble : abattements classiques selon le lien de parenté, sans traitement de faveur ni de défaveur particulier lié à leur nature crypto.
Quel formulaire utiliser pour déclarer des cryptomonnaies dans une succession ?
Le formulaire générique de déclaration de succession, le n° 2705-SD (accompagné le cas échéant des formulaires 2705-S et 2706), exactement le même que pour tout autre bien du patrimoine du défunt. Il n'existe pas de formulaire dédié aux actifs numériques pour une déclaration de succession, contrairement à ce qu'affirment certains guides trouvés en ligne.
Comment les héritiers accèdent-ils concrètement à un portefeuille crypto après un décès ?
C'est là que se situe le vrai risque, purement technique et non fiscal : sans connaître l'existence du portefeuille, sa localisation, et surtout sans détenir la clé privée ou la phrase de récupération, les héritiers n'ont souvent aucun moyen de récupérer les fonds, ni le notaire, ni l'administration fiscale, ni aucune autorité ne peut reconstituer un accès perdu à un actif numérique correctement sécurisé.
Une plateforme d'échange peut-elle transmettre les actifs du défunt aux héritiers sans clé privée ?
Si les actifs étaient détenus sur un compte auprès d'une plateforme enregistrée (et non dans un portefeuille personnel), les héritiers peuvent généralement engager une procédure auprès de la plateforme avec un acte de notoriété ou un certificat d'hérédité, la plateforme jouant alors un rôle comparable à celui d'une banque pour un compte classique. C'est un cas très différent d'un portefeuille personnel dont le défunt détenait seul les clés.
Comment anticiper pour éviter que son patrimoine crypto ne se perde à son décès ?
En laissant à un tiers de confiance (notaire, proche, ou dispositif dédié) les informations nécessaires pour localiser et accéder aux actifs le moment venu, sans pour autant exposer ces informations sensibles de son vivant. Un inventaire tenu à jour, mentionnant l'existence des comptes et portefeuilles sans y indiquer les clés elles-mêmes en clair, constitue déjà une bonne base de départ.