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Assemblée générale de copropriété : les droits du bailleur absent

Gestion locative

Un bailleur qui gère un bien depuis l'autre bout de la France me confiait n'avoir jamais assisté à une seule assemblée générale de sa copropriété en six ans, trop loin, trop de contraintes professionnelles. Résultat : des travaux de ravalement votés sans qu'il ait pu peser dans la discussion, une facture qu'il a découverte sur l'appel de charges suivant. Depuis, il a changé de méthode. Vous n'avez pourtant pas besoin d'être physiquement présent pour faire entendre votre voix, encore faut-il connaître les deux mécanismes prévus par la loi.

Vérifié le 24 août 2026.

Première option : donner procuration

L'article 22 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 autorise tout copropriétaire absent à se faire représenter par un mandataire de son choix pour l'ensemble des décisions inscrites à l'ordre du jour. Ce mandataire n'a pas besoin d'être lui-même copropriétaire : conjoint, enfant majeur, ami, professionnel du droit ou gestionnaire de patrimoine peuvent tous recevoir cette procuration, à une exception notable près (vous ne pouvez pas désigner un membre de l'entourage professionnel du syndic, une règle qui vise à éviter les conflits d'intérêts évidents. Le mandataire débat et vote à votre place, sur l'ensemble des résolutions, avec la même liberté d'appréciation qu'un copropriétaire présent) ce qui implique un vrai enjeu de confiance : s'il n'est pas explicitement instruit de votre position sur chaque point, il tranche selon son propre jugement.

La limite des trois pouvoirs, et son exception

Pour éviter qu'une seule personne concentre un pouvoir disproportionné, la loi plafonne à trois le nombre de pouvoirs qu'un même mandataire peut recevoir. Une exception existe : si le total des voix détenues par le mandataire (les siennes, plus celles de tous ses mandants réunis) ne dépasse pas 10 % des voix totales du syndicat des copropriétaires (seuil relevé par la loi ELAN en 2018, auparavant fixé à 5 %) cette limite de trois pouvoirs ne s'applique plus. Concrètement, dans une grande copropriété de plusieurs centaines de lots, un même mandataire peut ainsi recevoir davantage de pouvoirs sans que cela concentre un poids de vote excessif à l'échelle de l'ensemble du syndicat.

Deuxième option : le vote par correspondance

Depuis l'ordonnance du 30 octobre 2019, un mécanisme distinct permet de voter sans donner procuration à quiconque : le vote par correspondance, prévu par l'article 17-1 A de la loi de 1965. Vous remplissez un formulaire dont le modèle est fixé par arrêté, en indiquant votre vote (pour, contre, abstention) pour chaque résolution inscrite à l'ordre du jour, et vous l'adressez au syndic avant la tenue de l'assemblée, dans le délai qu'il vous précise. L'avantage est réel : contrairement à la procuration, vous gardez la maîtrise exacte de votre position sur chaque point, sans dépendre du jugement d'un tiers le jour J.

[Photo à insérer ici]

Le piège des résolutions modifiées en séance

Le vote par correspondance a toutefois une limite qu'il faut connaître avant de s'y fier aveuglément : si une résolution soumise à votre vote est amendée en cours d'assemblée par rapport à la formulation initiale de l'ordre du jour, votre vote enregistré au préalable ne s'applique plus à cette résolution modifiée. Vous êtes alors considéré comme absent sur ce point précis, ce qui signifie que votre voix ne compte ni pour ni contre. Sur des sujets techniques (montant définitif de travaux, choix final entre plusieurs devis présentés en séance), ce cas de figure n'est pas rare, d'où l'intérêt de combiner, quand c'est possible, une procuration à un copropriétaire de confiance présent sur place, capable d'ajuster la position en fonction des débats réels, plutôt qu'un vote par correspondance figé à l'avance sur des points susceptibles d'évoluer.

Quelle option choisir selon votre situation

Si un autre copropriétaire de confiance assiste systématiquement aux assemblées et partage votre vision de la gestion de l'immeuble, la procuration reste souvent le choix le plus pragmatique : il pourra réagir en direct aux débats, poser des questions, négocier un amendement. Si vous préférez garder un contrôle total et que l'ordre du jour ne comporte pas de sujet susceptible d'évoluer fortement en séance (une simple approbation des comptes, par exemple), le vote par correspondance offre une garantie que la procuration ne peut pas offrir. Rien n'empêche non plus, pour les copropriétés qui le proposent, de participer par visioconférence lorsque le règlement de copropriété ou une décision d'assemblée l'a autorisé, une troisième voie de plus en plus répandue depuis la généralisation des outils numériques dans la gestion des copropriétés.

Après l'assemblée : le procès-verbal, votre dernier filet de sécurité

Que vous ayez donné procuration, voté par correspondance ou été totalement absent, le procès-verbal de l'assemblée doit vous être notifié dans le délai légal, généralement un mois pour les copropriétaires opposants ou défaillants. Ce document détaille le résultat de chaque vote et fait courir le délai de deux mois pendant lequel une décision peut être contestée devant le tribunal judiciaire si vous estimez qu'elle a été prise dans des conditions irrégulières, un délai à surveiller de près si un désaccord sérieux subsiste après lecture du procès-verbal.

La checklist pour un bailleur qui ne peut pas être présent

  1. Lisez attentivement l'ordre du jour et les documents annexés (devis, rapports techniques) dès leur réception, pas la veille de l'assemblée.
  2. Identifiez les résolutions à fort enjeu financier (travaux, changement de syndic) où votre position mérite d'être clairement tranchée à l'avance.
  3. Choisissez le mandataire ou le mode de vote le plus adapté selon que l'ordre du jour est susceptible d'évoluer en séance ou non.
  4. Si vous donnez procuration, formalisez par écrit vos consignes de vote sur les points sensibles, même de façon informelle par mail.
  5. Demandez systématiquement le procès-verbal si vous ne l'avez pas reçu dans le délai légal, et vérifiez la cohérence des votes actés avec vos instructions.

Sources officielles

Questions fréquentes

Puis-je donner procuration à mon locataire pour voter à ma place en assemblée générale ?

Non, le locataire n'est pas copropriétaire et ne peut pas siéger ni voter à l'assemblée générale, même muni d'une procuration de son bailleur. Le mandataire doit nécessairement être une personne capable de représenter juridiquement le copropriétaire, un proche, un autre copropriétaire, un professionnel, mais pas l'occupant du logement loué.

Combien de pouvoirs une même personne peut-elle recevoir ?

Trois pouvoirs maximum, sauf si le total des voix qu'elle détient (les siennes plus celles de ses mandants) ne dépasse pas 10 % des voix totales du syndicat, auquel cas la limite de trois pouvoirs ne s'applique plus. Cette règle évite qu'une seule personne concentre un pouvoir de vote disproportionné sur des décisions structurantes pour la copropriété.

Le vote par correspondance est-il plus sûr que la procuration ?

Il présente un avantage réel : vous gardez la maîtrise exacte de votre vote sur chaque résolution, alors qu'un mandataire pourrait voter différemment de ce que vous auriez souhaité, volontairement ou par erreur. La limite, c'est que si une résolution est amendée en séance par rapport à ce qui figurait à l'ordre du jour, votre vote initial ne s'applique plus à cette résolution modifiée et vous êtes alors considéré comme absent sur ce point précis.

Que se passe-t-il si je ne donne ni procuration ni vote par correspondance et que je suis absent ?

Vous n'êtes tout simplement pas représenté : votre voix n'est comptée dans aucun sens, ni pour ni contre, ce qui peut faciliter l'adoption de résolutions que vous auriez pu bloquer ou, à l'inverse, empêcher l'adoption de projets que vous souteniez. Sur un budget de travaux important, cette absence de représentation peut avoir un impact réel sur votre charge financière à venir.

Puis-je demander le procès-verbal de l'assemblée si je n'ai pas pu y assister ?

Oui, le procès-verbal doit être notifié à tous les copropriétaires, présents, représentés ou absents, dans un délai d'un mois suivant l'assemblée pour les opposants et défaillants. Ce document mentionne le résultat de chaque vote et fait courir le délai de deux mois pour contester une décision devant le tribunal judiciaire si vous l'estimez irrégulière.