
Un bailleur a un jour vu son action en justice rejetée d'un revers de main par le juge, pas sur le fond, juste parce qu'il avait sauté une étape obligatoire. Il contestait un complément de loyer sans être passé par la commission départementale de conciliation. Résultat : irrecevable, retour à la case départ. Cette instance, gratuite et souvent plus rapide qu'un tribunal, reste pourtant méconnue de la plupart des bailleurs et locataires, jusqu'au jour où elle devient un obstacle qu'on découvre trop tard.
Vérifié le 23 août 2026.
Une instance paritaire présente dans chaque département
L'article 20 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 institue une commission auprès du représentant de l'État dans chaque département, composée à parts égales de représentants de bailleurs et de locataires. Ce n'est pas un tribunal, c'est un organe neutre qui tente de concilier les parties avant, ou à la place, d'une procédure judiciaire. Et la saisine ne coûte rien, contrairement à un procès qui peut vite générer des frais d'avocat ou de commissaire de justice.
Ce qu'elle peut traiter, et ce qu'elle ne traite pas
Sa compétence couvre le loyer sous toutes ses formes (révision, complément de loyer, fixation au renouvellement) l'état des lieux, le dépôt de garantie, les charges locatives, les réparations, et la décence du logement. En revanche, un impayé de loyer pur et simple ne relève pas d'elle : ça part directement en commandement de payer puis, le cas échéant, en résiliation judiciaire.
Qui saisit, et comment
Bailleur comme locataire peuvent saisir seuls pour un litige de loyer classique. Pour un problème de gestion collective d'immeuble, la saisine peut aussi venir de plusieurs locataires réunis ou d'une association les représentant. La démarche se fait par lettre recommandée avec accusé de réception, adressée à la commission du département où se trouve le logement, les coordonnées sont sur le site de la préfecture ou sur service-public.fr.
Deux cas où sauter cette étape coûte cher
Voici précisément ce qui est arrivé au bailleur du début : pour deux litiges de loyer bien particuliers, passer par la commission n'est pas une option, c'est une condition de recevabilité de l'action en justice. D'un côté, la contestation d'un complément de loyer dans le cadre de l'encadrement des loyers, à saisir dans les trois mois suivant la signature du bail. De l'autre, la révision d'un loyer sous-évalué ou surévalué au renouvellement, à saisir au moins quatre mois avant l'échéance. Sauter cette étape, dans ces deux cas précis, expose à un rejet immédiat, le juge peut le soulever de lui-même, sans même regarder le fond.
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Comment se passe concrètement une séance
Une fois saisie, la commission convoque les deux parties à une audience de conciliation. Chacun peut se faire assister, ou représenter en cas d'empêchement. Chaque camp expose sa version, et les membres cherchent une solution qui convienne aux deux. En cas d'accord, tout est consigné par écrit et remis aux parties, ce document sert ensuite de base d'exécution amiable, sans besoin d'aller plus loin.
Et si personne ne se met d'accord ?
La commission a deux mois à compter de sa saisine pour rendre un avis. Sans conciliation, cet avis reste motivé mais sans force contraignante, il peut néanmoins être transmis au juge saisi plus tard, et pèse souvent dans l'appréciation du tribunal, surtout quand il identifie clairement où se situe le désaccord factuel entre les parties.
Pourquoi y passer même quand ce n'est pas obligatoire
En dehors des deux cas où elle est imposée, la commission reste souvent la meilleure première étape pour la plupart des litiges qui relèvent de sa compétence : c'est gratuit, généralement plus rapide qu'un tribunal, et le cadre moins conflictuel préserve la possibilité de continuer sereinement la relation locative si le bail se poursuit après le règlement du litige, un avantage qu'un procès classique n'offre pas toujours.
Avant de saisir la commission
Vérifiez que votre litige entre bien dans son champ de compétence, identifiez si vous êtes dans l'un des deux cas de saisine obligatoire et respectez le délai à la lettre, rédigez votre saisine par recommandé en exposant clairement les faits, préparez tous les documents utiles pour l'audience, et gardez précieusement l'avis rendu, accord trouvé ou non, il peut resservir plus tard.
Sources officielles
- Article 20 (Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989) Légifrance, consulté le 23 août 2026
- Décret n° 2001-653 du 19 juillet 2001 relatif aux commissions départementales de conciliation (Légifrance) consulté le 23 août 2026
Questions fréquentes
Qui peut saisir la commission départementale de conciliation ?
Pour un litige de loyer, le bailleur ou le locataire peut saisir la commission individuellement. Pour des difficultés liées à la gestion d'un immeuble collectif, la saisine peut également émaner du bailleur, de plusieurs locataires ensemble, ou d'une association représentative de locataires.
La saisine de la commission coûte-t-elle quelque chose ?
Non, la saisine est entièrement gratuite. Elle se fait par lettre recommandée avec accusé de réception adressée à la commission du département où se situe le logement, dont les coordonnées sont disponibles auprès de la préfecture ou sur le site service-public.fr.
Dans quels cas la saisine de la commission est-elle obligatoire avant d'aller devant un juge ?
Deux cas principaux rendent la saisine préalable obligatoire, sous peine d'irrecevabilité de l'action en justice : la contestation d'un complément de loyer dans le cadre de l'encadrement des loyers (saisine dans les trois mois suivant la signature du bail), et la révision d'un loyer sous-évalué ou surévalué au moment du renouvellement du bail (saisine au moins quatre mois avant l'échéance du bail). Le juge peut soulever d'office l'absence de saisine préalable pour rejeter la demande.
Quels types de litiges la commission peut-elle traiter ?
Sa compétence couvre le loyer (révision, complément de loyer, encadrement, fixation au renouvellement), l'état des lieux, le dépôt de garantie, les charges locatives, les réparations, ainsi que les litiges relatifs à la décence du logement. Elle ne traite en revanche pas tous les litiges locatifs possibles : les impayés de loyer purs, par exemple, relèvent directement du juge, pas de la commission.
Que se passe-t-il si la commission ne parvient pas à concilier les parties ?
Le délai pour rendre un avis est de deux mois à compter de la saisine. En l'absence de conciliation entre les parties, la commission rend un avis motivé qui, sans avoir de force contraignante, peut être transmis au juge saisi ultérieurement par l'une ou l'autre partie, un avis qui pèse souvent dans l'appréciation du litige par le tribunal, même s'il ne le lie pas juridiquement.